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un grand gâchis

mercredi 25 juin 2008, par machin

Je ne me souviens même plus du jour où je l’ai connu. Plus tard, il m’a raconté qu’on s’était rencontré pour la première fois, un soir où il était avec un ami, Guili. J’ai flashé sur Guili (un blond aux yeux bleus … ça ne pouvait pas être autrement ;-) ), je suis sorti avec lui pendant quelques mois. Gé m’en a longtemps voulu.

Plusieurs mois plus tard, nous nous sommes revus, et nous sommes devenus plutôt bons amis. Une éducation pas trop éloignée, et donc des références naturellement communes. Mais, c’était là notre principale différence, il était écrasé par le poids du passé, de la tradition, de l’image d’une certaine France qu’il pensait vouloir représenter, et l’image que ses proches pouvaient avoir. Plus encore que moi, il évoluait dans deux mondes complètement distinct, jouant dans l’un un rôle de composition. J’étais mal à l’aise pour lui, mais je le comprenais, moi qui avais simplement arrêté de voir certaines personnes pour ne pas avoir à jouer double jeu.
Souvent il me parlait de ses amis de "l’autre" groupe, surtout des filles, celle-ci qui était de bonne famille, celle-là qui le draguait, telle autre qu’il épouserait s’il était hétero. L’idée le travaillait, parce qu’il voulait une famille, parce qu’il ne voulait pas décevoir ses parents, parce qu’il voulait se sentir digne de son héritage.
Je ne l’ai jamais vu avec un copain. J’ai compris un jour qu’il s’était fait un film de notre amitié, pensant que c’était une tactique de drague de ma part. Il était en pleurs, convaincu qu’il avait été de mon amour. Nous nous sommes progressivement détachés.

Puis je l’ai revu, il y a quelques années, presque par hasard. Il s’était enfin trouvé un copain, mais forcément, dans une relation fortement compliquée, un traditionaliste de la droite extrême, qui vivait donc son homosexualité encore plus mal que lui. Il a fini par repartir vivre en province, chez ses parents, laissant Gé encore plus désemparé que quand ils étaient ensemble.
Quelques mois plus tard, il était de nouveau en couple, un garçon plus âgé que lui, cette fois. J’étais content d’une relation qui semblait l’épanouir, jusqu’à ce qu’il m’explique que son copain refusait qu’il dorme chez lui, qu’il prenait systématiquement une douche après qu’ils aient fait l’amour. Faut-il le préciser ? Il était lui aussi catholique pratiquant, très traditionnel, c’était de toute façon le genre de garçon que Gé, plus ou moins consciemment, recherchait.

Gé s’est fait ensuite discret, pendant un bon moment. Il m’a appelé un soir, me rappelant une vieille promesse que je lui avais faite, d’être disponible pour lui quand il en aurait besoin. A presque 30 ans et plusieurs copains, Gé n’avait jamais fait de test HIV de sa vie, il voulait que je l’accompagne, chez mon médecin. Nous avons parlé longtemps, de lui, de sa relation au sexe, à l’homosexualité, la religion, sa famille, les traditions, ses profondes incohérences. Je l’ai convaincu qu’il ne pourrait pas travailler sur tout cela par lui même. Plus tard, il m’a dit être allé chez le psy qui l’a renvoyé chez lui en lui disant qu’il n’avait besoin de rien, apparemment. Au fond de lui, il n’était pas demandeur.

De nouveau un grand silence. Je ne m’en plaignais pas, au bout de dix ans, les mêmes questionnements, les mêmes incohérences avaient définitivement fini par me lasser.

Aujourd’hui, j’ai reçu dans ma boîte aux lettres un faire-part de mariage. Gé épousera d’ici quelques semaines une jeune fille de bonne famille, certainement bien sous tous rapports, qui comblera certainement sa famille.

Heureusement, je ne suis pas invité au mariage. De toute façon, je n’y serais pas allé, je n’aurais pas pu apporter une caution quelconque, par ma présence, à une telle mascarade. Je l’ai fait une fois, j’ai été suffisamment mal à l’aise face à la mariée, pour recommencer une autre fois.

Je ne crois même pas que je lui écrirai, ni pour le féliciter, ni pour simplement lui dire que je lui souhaite tout le bonheur possible.

Pauvre Gé, et pauvre fille. Je les plains, tous les deux.

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