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mardi 14 août 2007, par machin

Alors voilà … Mme Marge, de Montpellier
 [1]
est venue passer quelques jours à Paris avec son Homer de mari. Ils m’ont tellement fait poiler avec leurs histoires de Vélib’, que je leur ai demandé de me mettre ça par écrit.
Et comme ça, ça me ferait un peu de contenu, puisque paraît que "je me la coule douce", dit-elle Mme Marge elle qui n’a pas de blog (bis repetita …) :p

Donc, vélib’ sur trois jours :


Habitués du vélo (nous avons passé nos dernières vacances à Amsterdam), nous ne l’avons jamais envisagé pour Paris qui ne semblait pas être une ville très adaptée (grosse circulation, grandes avenues peu protectrices et surtout… météo nordiste).

Mais la campagne de presse sur le lancement de Vélib’ a inondé aussi la Province et les Parisiens qui nous accueillent ne l’ont pas encore testé mais en parlent favorablement, alors pourquoi pas ?

Sur internet, le site de Vélib’ nous a déjà prévenu que 5 % des points d’attache peuvent avoir des problèmes informatiques et que nous devrons faire attention à bien clipser le vélo que nous rendons sauf à risquer un joli débit sur la carte bleue. Un peu anxiogène, mais on a le sens de l’aventure, non ?

Hébergés au sud de Pigalle, nous sommes trop flemmards pour tester Vélib’, pendant les premiers jours de nos vacances consacrés à des lieux plutôt « élevés » (que ceux qui vont au Sacré Cœur en vélo lèvent le doigt !). Nous avons déjà remarqué que la station la plus proche de l’appartement est souvent vide : visiblement nombreux sont ceux qui y prennent des vélos pour descendre. Ils semblent moins pressés de remonter la côte avec.

Samedi : envie de visiter Beaubourg, on se lance.

Comme prévu, pas de vélo dans la station Saint-Georges, proche de l’appartement.

Descendons à la station en bas de ND de Lorette. Chouette : 4 vélos disponibles.

Visiblement, les problèmes informatiques ne sont pas rares, puisque aucune des commandes que je choisis ne marche. Oups, on n’est pas dans une gare SNCF : ce n’est pas un écran tactile ! Je ré-essaye les mêmes commandes sur le clavier numérique : c’est vrai que ça marche beaucoup mieux…

Cette fois, c’est parti : je tape 2 pour m’abonner, puis pour un abonnement de courte durée, enfin pour un abonnement d’1 jour, je valide le texte d’information sur la caution de 150 euros qui sera prise sur ma carte bleue, je tapote le clavier pour lire soigneusement les conditions générales de vente, je valide, je mets ma carte bleue dans le lecteur et… « La transaction a été interrompue ». Damned !

Je dois tout reprendre depuis le début. « Il faut insérer et retirer la carte très délicatement, si on veut que ça marche », me dit gentiment un couple qui vient d’arriver. Ah bon, il n’y a pas que moi qui aie débuté avec des gants de boxe ?

Reprenons : je tape 2 pour m’abonner, etc… j’insère tout doucement ma carte… j’attends… « La transaction a été interrompue » !

Je n’y comprends plus rien. Tant pis, je laisse passer le gentil couple, pendant que je me prépare à essayer avec l’autre carte bleue. Ils vont prendre 2 vélos, il nous en restera 2, tout va bien.

Eh, c’est quoi ce type qui prend directement 1 Vélib’ avec son badge magnétique !!! Merde, il ne reste plus qu’un vélo pour 2 ! Pas question de le laisser passer !

En regardant le couple qui s’abonne, je découvre un message caché : quand l’écran principal t’a dit d’insérer ta carte, après il reste silencieux. Il faut penser à regarder son pote, le petit écran digital situé sur le lecteur : tapez votre code, validez, paiement accepté, retirez la carte. Si tu restes planté les yeux sur l’écran principal, tu loupes tout et « La transaction est interrompue » !

Je me jette sur la machine, dès le couple parti (bouh, on n’a plus qu’un vélo) et je fais tout bien : je tape 2 et tout et tout, j’insère ma carte, tout roule, je choisis un code secret pour mon abonnement… merde, qu’est-ce que je mets comme code secret… vite, et si ça plantait maintenant… vite, il a déjà enregistré ma carte bleue… bon, je mets le code de mon téléphone. Ouf !

Voulez-vous retirer un vélo ? Ouiiiiiii, je tape 1. Choisissez un vélo (eh, Ducon, y’en a plus qu’un tu trouves ça drôle ?). Vous avez 60 secondes pour le retirer… oh, la vache, ça fait combien 60 secondes ? Je range ma carte, mon ticket d’abonnement, je cours au vélo (évidemment c’est la dernière borne), je le retire… je le retire… « Appuie sur le bouton pour le débloquer ». Yeeeeeees ! Je l’ai ! « Oh pardon, mon chéri ! Tu vas voir, toi aussi on va t’en trouver un… Tiens, prends le mien, tu iras plus vite à la prochaine borne » (et 10 minutes plus tard, il revint avec 2 vélos à la main).

Ah, c’est agréable de se balader à vélo, en douceur, tranquilles… « Eh, tu n’oublies pas qu’on doit vite trouver une autre borne, ton vélo en est déjà à ¼ d’heure » (ben oui, tout le monde connaît le truc : comme les 30 premières minutes sont gratuites, on change de vélo toutes les ½ heures).

Pas de panique, en voici déjà une autre. Comme nous sommes déjà des vieux routards de Vélib’, tout se passe comme sur des roulettes… au bout du 5ème essai, où nous comprenons enfin qu’il faut laisser le temps d’une pause clope entre le moment où on rend son vélo et celui où on peut en reprendre un autre.

Et la balade continue, sympa. Nous profitons de quelques jolies pistes cyclables (et osons même rouler sur la route quand la piste est si étroite que le pictogramme vert n’y entre pas) jusqu’aux Halles où nous décidons de continuer à pied. Immédiatement, coup de fil à Machin : « On vient d’essayer des Vélib’, c’est génial ! ». (D’accord, on a fini par rentrer en bus, mais la côte des 2 rues avant l’appartement est vraiment trop raide !).

Dimanche, programme de visite chargé.

Si on a le temps, il faudrait vraiment qu’on essaye d’aller jusqu’à la rue Mallet-Stevens (dans le 16ème) qu’on rêve de voir depuis longtemps.

Evidemment, on va tout faire en Vélib’
La station de Saint-Georges est vide, comme d’habitude. Pfffffft, on sait bien qu’on en trouvera d’autres en bas de ND de Lorette. Et voilà, finger in the nose, nous visitons Paris à vélo, sautant allègrement de station en station, dans la ville presque déserte (il y a eu une bombe ou quoi ?!), croisant plein de Vélib’, la vie est belle…

Le Musée des Arts décoratifs, vu. La visite guidée du Jardin des Tuileries, vue. « On va rue Mallet-Stevens ? » « OK, on reprend des Vélib’ ? » « Bien sûr ».

Facile !

Ouille, la première station sent mauvais : une foule de touristes agglutinés poliment en file indienne attend un tour, qui semble n’être jamais venu à leur mine morose.

Les quelques réflexions acides « Celle-là non plus ne fonctionne pas, font ch… ! » ne nous arrêtent pas. C’est tous des râleurs, ces types.

Les abandons se succèdent, c’est mon tour. Je vais leur montrer, moi comment retirer sereinement son vélib’.

Tiens, mon numéro d’abonné d’un jour n’est pas reconnu. « Invalide », je vais t’en donner moi des numéros invalides ! » ; Il suffit de le retaper, non ?

Allez, c’est reparti :
-  tapez 1 pour abonné de courte durée
-  tapez votre numéro d’abonné à 6 chiffres, en tirant la langue, c’est quand même le deuxième essai, faudrait pas déconner
-  je m’apprête à taper mon code secret, qui commence à ne plus trop l’être, vu le nombre de regards insistants portés sur ma mimine courant sur le clavier conçu pour des nains de la main

Zut, encore un numéro invalide.

J’essaye sur le clavier de l’autre côté de la borne (eh oui, on finit par connaître tous les trucs pour gagner du temps). Même résultat.

« Elle est naze cette borne. Viens, si on s’éloigne de la zone touristique, ça devrait aller mieux ».

A la station suivante, on vient visiblement de livrer un car de touristes étrangers qui cherchent à comprendre « Numéro invalide » en français, anglais et espagnol.

« Ça doit bugger quand il y a trop de monde. Viens, on va à la suivante ».

Devant la Comédie Française, un employé Velib’ se pointe, chariot vide à l’appui, en même temps que nous. La station est pleine, 10 personnes attendent pour déposer leur Vélib’ et la borne plantée ne laisse personne en sortir un seul. Le brave homme est accueilli comme le Messie ! Manque de bol pour lui aussi, même sa carte ne débloque pas les vélos qu’il aimerait récupérer. « Quand le téléphone merde, tout merde » me déclare-t-il sur un ton fataliste.

« Ah bon, il faut un téléphone pour faire du vélo ? »
« En fait non, c’est Bouygues et SFR qui permettent la mise en relation, par GPRS, des différentes bornes et des stations. »

Bon, on change de station et suivons la transhumance des accros du vélo libre, qui ont eu la même idée que nous. La suivante est plus marrante, même si personne, mais alors personne n’en rit : message de plantage Windows © !

J’ai fait l’erreur de ne pas le photographier, personne ne voudra me croire…
 [2]

Borne suivante, plus de 300 mètres plus loin.

Même foule, de plus en plus railleuse, mais toujours en rang d’oignons. Même message de numéro invalide.

Je tente le coup, miracle, ça passe !

Du coup, un vélo pour deux c’est mieux que rien, non ?

Du tout !

Parce que là, il est temps de partir, les autres sortent leurs crocs de vélo’addicts et que nous repartons, l’une sur son vélo et l’autre qui court derrière, à la recherche d’une station en état de marche, dans un Paris heureusement presque vide.

Le ridicule ne tue pas, il entretient la forme.

Chemin faisant, nous tombons sur un parterre de demandeurs mi-effondrés, mi-goguenards qui encouragent un mécanicien de la station Vélib’, transpirant d’angoisse et se maudissant d’avoir accepté ce contrat à la con, tout en éventrant une malheureuse borne qui n’y est pour rien, on vous dit que c’est la faute du téléphone !

Suivent d’autres stations entourées de hordes barbares (je sais, ça fait violent, mais on commençait à s’énerver !). La seule station miraculeusement déserte affichait royalement 2 vélos avec un joli point rouge allumé, signalant qu’ils ne pouvaient pas être loués !

« Y’en a marre ! Je suis crevée, on ne trouvera jamais de 2ème vélo, on s’arrête boire un coup ? ».
« D’accord, installe-toi, pendant que je vais rendre ton vélo à la prochaine borne ».

« Voilà, c’est fait. Tu ne vas pas le croire, on est presque rentrés à l’appartement : la prochaine borne, c’est celle de ND de Lorette et elle marche nickel ! »
« Bon, on fait quoi ? On rentre ou on essaye la rue Mallet-Stevens ? » « Il est encore tôt et, si on évite la zone d’où l’on vient, tout devrait rouler. Allez, on y va ».

Station de ND de Lorette, 1 vélo disponible : je le prends. On va attendre tranquillement qu’un autre rentre pour le kidnapper.

Et nous revoilà partis, tous les 2 à vélos, cherchant une autre station pour échanger rapidement (mon vélo n’a déjà plus que ¼ d’heure de vie gratuite !).

Station Saint-Lazare, notre bonne volonté a baissé et nous évacuons rapidement les 2 touristes japonais qui ne comprennent ni le français, ni l’anglais et encore moins pourquoi la borne leur répète « Vous disposez d’un vélo en cours de location ». Après le temps réglementaire d’une pause clope, nous tenons nos 2 vélos.

« T’as vu ce nuage ? » « Tiens, une goutte. Oh, 3 gouttes » « Merde, quel orage ». Pour une fois qu’on a pu récupérer des vélos rapidement, pas question de les lâcher ! Et 2 cyclistes trempés, agrippés à leurs Vélib’ stagnèrent à l’abri de la station de RER, 2 minutes… 5 minutes… 10 minutes… « Dis, ça a l’air d’un gros orage. On laisse tomber ? » « D’accord, rentrons en métro ».

Lundi, balade en bateau sur le Canal St Martin

… et on n’a toujours pas vu la rue Mallet-Stevens !

« Si on y allait en Vélib’ ? »

Notre abonnement de 24 heures est périmé et la première station refuse de reconnaître toutes les cartes bleues. Broutilles, on ne va pas se laisser arrêter par une borne qui bugge. Allons à la prochaine.

Et voilà, c’est repartis : 2 beaux Vélib’ débloqués en quelques minutes. C’est beau Paris en vélo (« Aïe, la vache, ils secouent fort ces pavés »), le temps est idéal, la circulation un poil plus dense qu’hier (« Eh, il a failli m’écraser ce con ! »), rien ne peut briser notre quiétude (« Merde, encore un nid de poule »)… il ne nous reste plus qu’à trouver une nouvelle station pour échanger nos vélos.

« T’en vois une ? »
« Merde, toujours rien »
« On devrait aller voir dans les petites rues »
« Je t’avais bien dit qu’il valait mieux aller à gauche »
« Bonjour Monsieur, vous sauriez où on peut trouver une station Vélib’ ? Bon, tant pis, merci »
« Bonjour Madame… Ah, vous aussi vous cherchez une station ? »

Ça y est ! Oh, qu’elle est belle, avec ses lignes grises… et ses 9 points libres.

« Dis, c’est quoi ces drôles de sabots orange qu’ils ont mis sur les bornes et qui empêchent de rendre les vélos ? ».

Heureusement, que des habitués de Vélib’ comme nous savent bien qu’une station dans laquelle on ne peut rendre son vélo n’est pas un problème : il suffit de s’enregistrer sur la borne qui te crédite de ¼ d’heure de plus.

Tapez 1 pour un abonnement de courte durée… « Vous disposez d’un vélo en cours de location ». La vache, le scoop !

Le menu info de la borne (je vous jure que je connais maintenant toutes les touches de cet engin !) me soutient qu’il y a 9 emplacements disponibles.

Je ne vois pas d’autre solution que de tester la seule fonction que je n’ai pas encore utilisée : Contacter un conseiller – taper 0.

« Allo, allo, y a quelqu’un ? ». Non, on dirait. Mais les témoins présents ont dû me prendre pour une folle à parler toute seule à une borne en ferraille !

Encore mieux, je vais appeler le numéro indiqué… « Bonjour, bienvenue sur le service Vélib’… Pour un abonnement de longue durée, tapez 1… pour parler à un conseiller, tapez 4 »
- « Des sabots orange ? C’est qu’ils sont en maintenance, Madame, vous devez voir le technicien à proximité… Non, alors, vous devez aller à la station la plus proche »
- « La borne n’indique qu’une seule station proche… la 15-67, avec 0 emplacements disponibles… Vous pourriez m’en donner une autre ? »
- « Ah ! (long silence) il y a la 15-67 (très long silence) Ah, vous dites qu’elle est vide. Bon, j’ai la 70-24 »
- « Merci, mais c’est dans le sens inverse de notre trajet. Dites, 70-24… je croyais que les premiers chiffres correspondaient à l’arrondissement ? »
- « Oui, Madame, c’est ça (encore un long silence) Vous pouvez donc allez à la 70-24 ».

Nous reprenons donc notre lente (on commence à fatiguer) errance à la recherche d’une station.

Grâce à une Vélibiste compréhensive, nous dégottons l’Eldorado « juste avant la Poste ».

Elle est pleine, et alors ? Il suffit d’entrer son numéro d’abonné pour être crédité d’un nouveau ¼ d’heure gratuit (sauf que ça fait un bon moment qu’on a dépassé notre première ½ heure gratuite, mais on ne va pas chipoter !).

Il ne reste plus qu’à regarder sur le plan, à quelle prochaine station nous devons faire étape. « Merde, t’as vu, il ont mis une pub à la place du plan ! ».

Restons zen et continuons à pédaler ! La balade continue, nous côtoyons pas mal de cyclistes, beaucoup de voitures, découvrons des pistes cyclables qui passent par les escaliers (voir photos), voguons de stations en stations et atterrissons… rue Mallet-Stevens !

Voilà, les vacances sont finies. Nous reprenons le train demain.

La prochaine fois qu’on vient à Paris, c’est sûr… on loue des Vélib’ !

Portfolio

Notes

[1[mode private_joke]
Cherchez pas, c’est une feignasse, elle n’a pas de blog
[/mode private_joke]

[2NDLR : sisi, t’inquiète, Louis Naugès, lui, il en a fait une :p

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