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Zoë (2)

mercredi 12 décembre 2007, par machin

Me Collard chez Fogiel hier soir, déclare que l’équipe de l’arche de Zoë a été flouée par les traducteurs.

C’est surprenant que ça ne sorte que maintenant, c’est déjà le sentiment que j’avais eu en regardant le document de 66 minutes. Il y avait deux passages qui m’ont titillé :
- le premier, le moment où les bénévoles expliquent qu’ils ont engagé des chefs de village, qu’ils rémunèrent. Et un peu plus tard, le reportage explique que la version officielle, pour les locaux, est que les enfants seront regroupés dans un orphelinat, pour recevoir une éducation.
Est-ce que c’est tellement aberrant de penser que des gens pauvres auraient eu l’idée de ramener des enfants qui, pensaient-ils, recevraient une éducation ; et qu’en plus ils en seraient rémunérés ; quitte à faire un petit mensonge, de quelques kilomètres ?
- le deuxième, quand un des bénévoles de l’arche de Zoë explique à leurs assistants tchadiens qu’ils partent le lendemain avec les enfants. Les assistants sont visiblement très emmerdés, et l’un deux déclare "imaginons … supposons que les enfants soient bien tous soudanais, imaginons"

Et comme Fabrice le remarquait, qu’en est-il de cette journaliste de France 3, partie en tant que bénévole / famille d’accueil, rapatriée par Sarkozy en tant que journaliste, et qui possèderait, d’après Collard, des enregistrements prouvant que les tchadiens auraient menti aux bénévoles … drôle de mélange.

Les journalistes n’ont instruit qu’un procès à charge, avant le procès même. En fait, ils n’ont rien instruit du tout, ils se sont contentés de reprendre le lynchage général sans se poser de question. Trop dangereux pour leur audience ?

4 Messages

  • Zoë Le 19 décembre 2007 à 10:28, par Enguerrand

    S’il restait une liberté aux individus démunis sur la planète, c’était bien celle d’avoir des enfants : un "capital vie" pour nombre d’entre eux au demeurant (les allocations chômage, la couverture santé, la retraite, etc, on ne connaît pas dans la majeure partie du monde... et la famille constitue bien le noyau fondamental ou s’exprime la solidarité intergénérationnelle). Je parle à l’imparfait, parce qu’entre ceux qui prêchent une politique malthusienne à destination des pauvres et ceux qui leur enlèvent carrément leurs enfants sous prétexte qu’ils sont pauvres, j’ai bien l’impression que cette liberté leur est dores et déjà confisquée... Dans cette triste affaire tchadienne, on accuse maintenant les traducteurs d’avoir floué les gentils Blancs qui ne pensaient qu’au bien être de petits déshérités ? La belle affaire ! Se décharger des responsabilités d’un projet qu’on a pensé et organisé à si bon compte, sur des "lampistes", c’est parfaitement obscène. Qui connaît un tant soit peu l’Afrique, ou simplement les ressorts de l’humanitaire, sait à quels genres de danger on se prête en effectuant ce type de démarches. Les êtres ne sont pas des numéros. Ils élaborent tous à leur niveau des stratégies de survie qu’il est nécessaire d’appréhender avant d’opérer quoi que ce soit, d’autant plus quand il s’agit d’investir le terrain des rapports intrafamiliaux au sein de cultures qui nous sont étrangères. Nos compatriotes ne sont pas des criminels. Je souhaite ardemment qu’ils profitent des capacités d’influence de la France dans cette région pour s’en sortir au mieux. Mais il est inpensable qu’ils n’assument pas la responsabilité de cette affreuse tentative de tromperie où sont concernés des êtres humains. Faire croire, en toute conscience, à leurs "tuteurs", que les enfants ne sortiraient pas du territoire tchadien, et qu’ils bénéficieraient d’une instruction coranique, n’est-ce pas un mensonge inqualifiable ? Grimer des enfants, avec de faux pansements, faussement ensanglantés, n’est-ce pas proprement choquant ? Cela n’est justifiable en aucune manière. On ne force pas le bonheur de son prochain. La mode du "droit-de-l’hommisme" et du "tout-humanitaire" a visiblement enfanté de tristes sires et mis en lumière de pitoyables perversions de l’esprit de partage. Au XXIème siècle, on ne s’invente pas sauveur de l’humanité sans se former au monde réel. Espérons que d’aucuns tirent de bonnes leçons de cette ineptie... Amitiés à tous !

  • Zoë (2) Le 19 décembre 2007 à 11:24, par machin

    Ne ramenez pas cette histoire à un combat entre méchants blancs et gentils noirs, ou l’inverse. Et ne faites pas croire (donc, les avocats) que ceux qui défendent une version différente de celle qu’on entend unanimement se rattachent à un tel combat, parce qu’ils sont contre.

    Personne, moi le premier, ni les avocats que j’ai pu entendre, ne cherche à dédouaner ces militants de leur faute première, inexcusable : avoir voulu s’affranchir des règles.
    Parce que la règle, normalement, est là non pas pour empêcher, mais pour contrôler. Et cette lamentable histoire est là pour le rappeler.

    Sans les dédouaner, faut-il pour autant considérer que leurs interlocuteurs seraient, eux, irréprochables ?
    D’abord, leurs contacts africains. Imaginer qu’ils puissent avoir leur part de responsabilité serait "obscène" ? En quel nom ? Celui d’un racisme encore plus insidieux que celui que vous dénoncez, qui consisterait à dire que les accuser d’une faute serait un acte raciste en lui même ? Avant d’être noirs ou blancs, ne sont-ils pas avant tout des hommes, par là même soumis comme tout un chacun, à la tentation, la facilité, et tous les travers que nous avons tous ?
    Les responsables politiques tchadiens, qui utilisent visiblement cette affaire à des fins diplomatiques, quel qu’en soit le prix, y compris dénoncer de pseudos (car non prouvés) réseaux pédophiles ?
    Nos responsables politiques français, qui oublient un peu trop facilement que ces gens là ne sont que le produit d’une doctrine purement française, développée par l’actuel ministre des affaires étrangères, au nom de laquelle tout, oui tout, est bon pourvu qu’on fasse le bonheur de l’autre.

    Quel que soient leur faute, et l’étendue de leur crime, l’équipe de l’arche de Zoë a droit à un procès juste et équitable.
    Ils ont le droit de récuperer les images de la journaliste de France 3, en congés humanitaire et annoncée comme famille d’accueil, s’ils pensent qu’elles peuvent influer sur le cours de la justice.
    Ils ont le droit d’émettre des doutes sur la qualité de l’instruction
    Ils ont le droit de se défendre. Et j’ai le droit d’émettre des doutes sur l’image actuelle qu’on veut donner d’eux, quel que soit mon opinion sur leur action (et dieu sait qu’elle n’est pas bonne).

  • Zoë (2) Le 20 décembre 2007 à 22:23, par Enguerrand

    Les avocats, puisque vous évoquez leur position, font franchement leur possible dans les médias pour que cette affaire se résume à l’action de "gentils Blancs" (sans utiliser ces mots) dépassés par leur désir de bien faire ; laissant effectivement entendre que cette "gentillesse", (sans utiliser ce mot), les dédouane du reste. Ils appuyent a contrario sur la "perfidie" (sans utiliser ce mot), de leurs traducteurs. J’en suis désolé, mais ce n’est pas moi qui ramène le débat à une pseudo affaire de racisme larvé, appréciation des faits qui me semble vraiment très éloignée du sujet. Je n’ai à aucun moment évoqué une question de "racisme" concernant ce dossier, et ceci à dessein. Notez que cela hérisserait tout un chacun dans notre landerneau, et sans doute à juste titre. Quant aux responsabilités des Africains dans cette affaire, pourquoi les nier en effet. J’indique simplement, en évoquant la question de l’inégalité criante des rapports et des intérêts particuliers des uns et des autres, que cela était plus que prévisible. Ne pas en tenir compte, ou plutôt (c’est mon avis personnel) faire semblant de ne pas en tenir compte, pour arriver à ses fins, c’est-à-dire extraire des enfants du Tchad, c’est cela qui est obscène. Je pense que les membres de l’Arche de Zoé savaient de toute évidence que les traducteurs les "arrangeaient". N’étaient-ils pas embauchés et payés pour ce faire ? Les images que j’ai pu voir montrent d’ailleurs une certaine gêne de nos compatriotes devant les incohérences relevées ici et là au cours de leurs démarches. Dire qu’ils le découvrent maintenant, vous accréditez cela ? Les traducteurs, quant à eux, ignoraient, il faut le rappeler, la destination finale des enfants, qu’ils ont appris au dernier moment. C’est un peu facile de flétrir les membres de l’Arche de Zoé du pur péché "d’amateurisme", la seule accusation retenue (et c’est de bonne guerre) par leurs avocats. Ils ne sont pas coupables de "non action" mais de faits autrement plus graves... Que les Africains soient complices, ça ne m’étonne pas. Qu’on les juge pour ces faits, tant mieux. Cela ne blanchit pas nos "gentils Blancs" (désolé d’en remettre une couche... et s’en faire de racisme anti-blanc bien entendu. Je l’indique au risque d’en être accusé illico). Mais là-dessus, nous sommes tous deux d’accord.

  • Zoë (2) Le 20 décembre 2007 à 23:45, par machin

    Disons alors simplement, pour clore le débat, que nous sommes d’accord sur le fond, hormis certaines certitudes :-)

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