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Voter Sarkozy, avoir Bush président ?

vendredi 15 septembre 2006, par machin

L’édition du Monde du 14 septembre laisse une large place à l’utilisation d’un cabinet de consultant par l’UMP dans sa préparation de l’élection présidentielle, une première en France.

En soi, l’idée n’est plutôt pas mauvaise : comme le dit Gérard Longuet, conseiller politique de Sarkozy, l’idée est d’avoir une "stratégie de conduite du changement".
Avoir une stratégie plutôt que des a-coups, c’est déjà louable. Appliquer en plus une volonté de conduite du changement, c’est nécessaire : il ne s’agit ni plus ni moins, comme dans une entreprise, d’arriver à faire savoir, tout autant que savoir faire, ce qui devrait être dans le cahier des charges de tout responsable, politique de surcroît, aucune réforme ne pouvant être efficace si elle ne suscite pas une adhésion.
En cela, la volonté de l’UMP de se doter de compétences externes pour améliorer ses compétences internes doit être saluée.

Rapidement cependant, la méthode montre ses limites : Le Monde cite ainsi l’exemple d’un micro-trottoir réalisé par le cabinet de conseil Boston Consulting Group, l’exercice ayant alors “consisté alors à chercher ce qui, dans les propositions de l’UMP, pouvait apporter une réponse à leur cas particulier. Les participants sont ressortis de ces confrontations persuadés que la question de la sécurité et de la justice sera au coeur de la campagne”.

Tout devient tout de suite moins clair. Il ne s’agit donc plus seulement d’avoir une compétence manageriale transmise à des hommes politiques qui en sont totalement dépourvus, mais visiblement également de monter une stratégie de communication, voire même monter une stratégie tout court, à partir de ce que la rue a envie d’entendre. Dans un seul but : gagner.

Il y a quelques mois, Arte diffusait un reportage sur la Bolivie et l’élection contestée de Gonzalo Sánchez de Lozada face à Evo Morales en 2002. Lozada était "aidé" dans sa campagne par un cabinet du même type que le BCG, et pratiquait les mêmes dérives que l’UMP : au lieu d’avoir une vision politique pour son pays et ses concitoyens, Lozada avait une réponse à ce que la rue voulait entendre. A trop avoir écouté, il n’avait rien entendu, et n’a jamais proposé de vision politique adaptée à son pays. Il a été renversé par une révolution un an plus tard.

C’est cela (sans la révolution, j’espère ;-) ) que nous promettrait donc l’UMP pour cette campagne : plus que jamais, une campagne médiatique, où la forme fera elle même sens, de manière plus importante que le fond ; on testerait des formules chocs sur des panels d’électeurs, afin de choisir la proposition la plus adaptée au remplissage des urnes.

Quand Nicolas Sarkozy, “le français qui aime l’amérique de Bush” (Courrier International) déclare dans une interview au Monde le 10 septembre (article payant [1]) son amour et son admiration pour les Etats Unis, je retrouve mes impressions d’il y a quelques mois sur sa volonté d’amener la société française à une gestion "à l’américaine". Témoin les articles cités par Courrier international :

Sa prestation a marqué Roger Cohen[ du New York Times] qui le décrit comme celui "qui veut secouer le pays européen le plus conservateur". Pour ce faire, le ministre français aurait sa recette : "Insérer une bonne dose d’américanisme".

Sarkozy est à plusieurs égards le moins français des hommes politiques de l’Hexagone, lui qui croit au dur labeur, en l’ambition pure, en l’homme de la rue et au rêve américain. A l’inverse de l’idéal républicain français qui ignore les différences religieuses et ethniques, Sarkozy parle souvent de son père hongrois, de son nom à consonance étrangère et a révélé que l’un de ses grands-parents était juif.

il a eu l’insigne honneur de rencontrer le président George W. Bush lui-même. "L’apparition de Bush est en partie une récompense pour ses positions proaméricaines en politique étrangère", note le New York Times. Car comme le relève le Washington Post, "Sarkozy a semblé attaquer le président français Jacques Chirac et le Premier ministre de Villepin pour leur confrontation théâtrale - qu’il a qualifiée de ’stérile grandiloquence’ - avec l’administration Bush sur l’Irak" en 2003.

Certes, il ne s’agit pas de décrier la société américaine [2], mais de reconnaître qu’elle a son propre cadre historique, culturel (et même cultuel) et politique, et qu’on ne peut transposer les méthodes en France sous prétexte que ‘là bas, ça marche’, justement parce que nous n’avons ni la même culture, ni la même histoire, ni la même organisation politique.

C’est finalement ça, plus que tout autre, qui me gêne dans la candidature Sarkozy : cette volonté d’infléchir la société française de manière structurelle, pour l’amener à un modèle de gestion à l’anglo-saxonne.
La rupture comme méthode de gestion n’est pas un modèle qui a vraiment fait ses preuves, encore moins s’il s’agit de tout faire table rase d’une histoire et d’une culture …
Et pour parodier Sarkozy : “s’il aime tellement les Etats Unis, qu’il s’y installe” ;-)

Notes

[1dont on retrouve la retranscription sur le site des Jeunes Populaires du 15e : http://jeunespopulaires15eme.hautetfort.com/archive/2006/09/13/nicolas-sarkozy-rebatir-la-relation-transatlantique.html - pas de lien direct, il faut copier coller, je me méfie de leur qualité de débatteurs ;-)

[2admirez au passage la rhétorique qui veut que, si on critique la société américaine, c’est que l’on encense la société russe - soviétique, il a dû vouloir dire ? - ou chinoise …

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