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Le "meilleur des mondes" de M. Sarkozy

mercredi 11 avril 2007, par machin

Après avoir proposé un cahier de suivi des troubles de conduite des enfants à partir de l’âge de 3 ans, Nicolas Sarkozy nous fait part, dans le numéro d’avril du mensuel Philosophie Magazine, de sa conviction que la pédophilie est d’origine génétique. Il est tout aussi convaincu que c’est la génétique qui fait que 1 300 adolescents se suicident chaque année en France. M. Sarkozy se fait ainsi le porte-parole du rêve déterministe : établir, par la description anatomique ou anatomo-fonctionnelle, une relation simple, linéaire, permanente entre des gènes, des cellules, des circuits et des comportements …

Cette conception déterministe, c’est l’éternelle histoire d’un destin implacablement appelé à se réaliser à partir de l’expression de facteurs innés ou irréversiblement acquis, fixés par des apprentissages précoces …

La question n’est pas un simple jeu de spéculation intellectuelle. Le déterminisme est à l’origine de toutes les pratiques eugéniques qui ont jalonné la première moitié du XXe siècle, comme la stérilisation forcée de milliers de malades mentaux aux Etats-Unis ou en Scandinavie ou le projet d’extermination, par les nazis, des homosexuels. La génétique moléculaire comme la biologie du développement ont démontré la fausseté de cette conception. Il faut nécessairement les interactions de tout élément du vivant avec son environnement pour créer une histoire, particulière, spécifique, individuelle …

Les propos de M. Sarkozy reposent sur la croyance aussi simple que fausse selon laquelle un gène détermine un caractère et, partant, qu’une sélection des "bons" gènes permettrait l’obtention de "bons" caractères …

Un gène n’agit pas seul … Un gène fait donc bien partie d’un réseau complexe d’interactions … Un gène n’est pas univoque.

Certains faits scientifiques sont instrumentalisés, et nous voyons alors surgir une tentative insidieuse et perverse de nouvelle validation de préjugés sociaux. Cet objectif d’analyse prédictive part de la génétique et vise non seulement la maladie mentale ou neurologique, mais également des caractéristiques du comportement et les capacités intellectuelles. Cette croyance au "tout biologique" déterministe pourrait avoir de sérieuses implications sur notre système de santé et notre justice, mais aussi sur les méthodes éducatives, tant à l’école qu’à la maison.

Comment dès lors ne pas nous inquiéter de voir un ancien ministre de l’intérieur, candidat à l’élection présidentielle, nous conduire vers les horizons mêlés du Meilleur des mondes d’Huxley et de 1984 d’Orwell ?

[/Hervé Chneiweiss
Directeur du laboratoire plasticité gliale du Centre Paul-Broca (Paris)
Rédacteur en chef de la revue "Médecine/Sciences"./]

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