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La fausse bonne idée du forfait

samedi 24 décembre 2005, par machin

osiriscaesar m’ayant fait remarquer que j’affirmais sans démontrer la stupidité du système de forfait, je me dois effectivement de rentrer un peu dans le détail.

Contrairement à ce qu’il affirme, ce n’est pas tant le processus de travail effectué que celui de la création, et le talent, qui est rémunéré. Le droit d’auteur, qu’il prenne la forme actuelle d’une taxe prélevée sur un support de diffusion, ou plus historique avec les ménestrels ou autres artistes qui percevaient une rente des Seigneurs afin de pouvoir créer et divertir tout en ayant un toit et un couvert assuré, a toujours eu pour triple fonction de reconnaître un talent, rémunérer une création, et d’assurer du temps à l’artiste pour ses créations.

Si l’on en venait à considérer que les royalties ne valent que pour un travail effectué et mesurable, seuls les blockbusters gagneraient assez d’argent, par leurs ventes de disques, pour investir dans des tournées, qui, elles-même, les rémunèreraient et leur permettraient de prendre le temps de composer un nouvel album. Ce serait consacrer la marchandisation définitive de la culture, où seule les meilleurs en marketing tireraient leur épingle du jeu, quel que soit leur talent. Est-ce cela qu’il souhaite, la victoire par K.O. d’une Star Academy, promue artiste par la seule volonté d’une chaîne de télévision et d’une maison de disque ?

Toute la problématique des droits est ainsi là : assurer une juste rémunération de l’auteur, de son talent tout autant que de son travail, des intermédiaires qui lui permettent d’exister (producteurs, ingénieurs, musiciens, …), tout en permettant à un public large d’en profiter à un coût raisonnable, tenant notamment compte des nouvelles méthodes de distribution induites par la nouvelle technologie.

Si un forfait (de l’ordre de quelques euros, d’après les concepteurs du projet) était mis en place, donnant droit à un téléchargement illimité, cela signifierait que tout un chacun pourrait télécharger des dizaines d’albums pour un prix dérisoire, valorisant ainsi une chanson à quelques centimes d’euros chacune.

Est-ce la valeur que nous voulons donner à une œuvre capable de nous transporter, nous faire rêver ?
Est-ce là la valeur que nous donnons à un processus de création qui peut prendre plusieurs mois ?
Est-ce là la valeur que nous donnons au caractère potentiellement éphémère d’une carrière, que nous décidons nous-même en laissant soudainement tomber en désuétude des artistes qui jadis nous ont fait rêver ?

Des modèles de rémunérations existent actuellement : à la Apple / iTunes : achat de chanson pour un prix modique (0,99€ / titre), à la Napster / Real : location de chanson pour un forfait mensuel, raisonnable.

Les majors ne veulent ni de l’un ni de l’autre, elles qui se concentrent sur des produits rentables, d’autant plus qu’elles veulent vendre un produit dématérialisé au même prix, voire plus cher, qu’il coûtait auparavant avec un support physique complexe.

Le succès d’Apple et de son Music Store (en dehors de la question de la diffusion de ses DRM) tient au fait qu’elle a trouvé un équilibre visiblement juste entre ce que les consommateurs sont prêts à payer (une chanson pour le prix d’un café) et ce qui est reversé aux maisons de disques - qui, elles, rémunèrent les artistes.

Le seul vrai problème économique, à ce niveau là, tient au fait que ce niveau de prix ne permet pas un juste rémunération du disquaire (en l’occurence, l’iTunes Music Store), qui se rattrape dans ce cas là en ayant la main mise sur les baladeurs et sur les DRM, ce qui ne permet pas une juste et nécessaire concurrence sur les ces outils [1].

Comme l’a dit Christine Boutin (qui se révêle décidemment surprenante ces temps-ci), c’est un vrai choix de société qui s’offre à nous à l’occasion de ce débat.

Un choix de société qui doit prendre en compte l’intégralité des intervenants du processus de création artistique, ne pas s’arrêter à l’image réductrice des artistes milliardaires ou sans talents, un choix qui doit prendre en compte les aspirations de la majorité d’entre nous - pouvoir profiter de la culture à un juste prix - et d’entre eux - pouvoir vivre de son talent et de son travail à un juste prix -.

Liens connexes :

- Le DADVSI code (3) : La bévue fache : le calendrier de la loi DADVSI et la procédure d’urgence
- EUCD.info : sauvons le droit d’auteur : résumé de la mobilisation sur ce projet de loi depuis 2002
- EUCD.info : sauvons le droit d’auteur : Quel est le problème ?

Notes

[1A titre personnel, j’ai résolu la question : je n’ai pas d’ipod !

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