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J’avais dit que je ne commenterais pas …

mardi 24 octobre 2006, par machin

Je n’avais pas envie d’écrire sur le dernier débat socialiste, ni même sur la proposition de jury populaire pour juger les élus de Ségolène Royal.

- L’idée me met profondément mal à l’aise, mal à l’aise par ces effets d’annonces qui donnent l’impression de flatter, caresser dans le sens du poil ; mal à l’aise par des effets de manche pour balayer les critiques, en sous-entendant que ceux qui sont contre ont quelque chose à en craindre ;

- Ensuite parce que c’est nier même le rôle des différentes institutions qui organisent notre vie politique, et notamment le parlement. S’il est un contrôle qui doit s’exercer entre deux mandats, c’est bien le parlement qui doit l’assumer, comme on peut le voir, par exemple, aux Etats Unis … à condition que le chef de la majorité l’accepte, ce qu’il a toujours refusé jusqu’ici.
J’ai un vague souvenir de Philippe Séguin (est-ce le documentaire sur Chirac qui me le met en mémoire maintenant ?), alors président de l’assemblée nationale, déclarant et proclamant sa volonté d’avoir un parlement qui exerce un pouvoir de contrôle, comme c’est normalement son devoir, sur l’action du gouvernement ; un parlement respecté en tant que représentation démocratique, qui n’aurait pas à courber l’échine devant le gouvernement. Il a lamentablement échoué, comme ses prédécesseurs et successeurs.

- C’est également raccourcir encore plus la durée d’action du mandat politique.
Une des choses qui nous mine à l’heure actuelle est la course permanente à l’électoralisme, qu’il soit national, régional ou local. Tous les 5 ans maximum, les élus remettent leur mandat en jeu, et doivent donc présenter des résultats concrets, marquant, “marketés”. Leur volonté de faire changer les choses ne s’inscrit plus dans une durée longue, mais dans l’obligation d’avoir un résultat tangible au moment où leur bilan devra être mis à plat.
J’ai déjà eu l’occasion, à mon niveau, de constater l’inertie politique générée par le raccourcissement des échéances électorales, face à des hommes politiques de haut rang qui, tout en s’accordant sur le constat, refusaient d’en assumer les conséquences.
Raccourcir encore, par le biais d’un jugement permanent, conduirait, j’en suis intimement convaincu, à une politique d’image, encore plus que jamais, à une politique d’artifice, et finalement d’immobilisme.

- C’est enfin conforter l’inconscient collectif du "tous pourris", par les mots utilisés qui, n’en doutons pas, ont été minutieusement choisis.
Le mot "jury" évoque immanquablement un procès d’assises, et entretient dès lors l’idée même de culpabilité.
Qui dit jury dit accusé, en l’occurence l’homme politique, désormais bel et bien étiquetté comme menteur, voleur, par défaut. Je ne crois pas que ce genre d’imagerie soit un moyen de réellement redonner confiance en l’homme politique.

La restauration de la confiance envers la politique ne peut passer que par le respect des engagements pris, et Ségolène Royal paraît bien mal partie, vu le nombre de promesses inconsidérés qu’elle a déjà pris ; et par un renforcement dans les faits des structures de contrôle déjà existantes, et plus précisemment le parlement, seul et unique lieu de la représentation nationale.

Mais bon, j’ai rien dit, j’ai pas envie de commenter la surenchère populiste dans laquelle se lance certains candidats à la candidature, en se calquant sur leur - probable - concurrent de droite [1]

[Edit une heure plus tard …] 
Regardez le blog de Pascal Riché, ex-correspondant de Libération aux Etats Unis, qui fait une comparaison très instructive entre les candidatures socialistes et les élections américaines. Un œil très perçant …

Notes

[1et le pire, c’est que c’est certainement la tactique qui sera la plus payante …

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