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Double prix

dimanche 1er août 1999, par machin

Pour tout pourri qu’il soit, cet été 1999 n’a pas échappé à la règle. Tomates, fraises, pêches et autres fuits se sont retrouvés dans une joyeuse salade, ou mélasse, selon les goûts, étalés dans les rues. Les producteurs étrangers n’ont pu que constater - une fois de plus - l’impuissance, le manque de volonté de nos pouvoirs publics pour faire appliquer l’ordre, face à une poignée d’agriculteurs qui ne peuvent comprendre que la loi est la même pour tous.

Après que l’ensemble de la classe politique leur a répété à l’envi pendant plus de trente ans qu’ils devaient être protégés des effets de la fameuse, horrible, et scandaleuse mondialisation (sans même leur dire si on les protégeait de ses effets positifs ou négatifs ...), ces quelques enragés préfèrent nous rejouer la jacquerie des temps modernes plutôt que de réfléchir. Mais ils semblent en être arrivés à un tel niveau d’assistanat que cela semble incompatible avec un minimum de réflexion.

Aussi, pour protéger ces pauvres gens, réels travailleurs qui ne comptent ni leurs efforts ni leur temps, pour un salaire souvent miséreux - inférieur au SMIC à 80% -, on préfère mettre en place un double affichage de prix pour certaines catégories de fruits dits "en danger", pour lesquels on indiquera le prix consommateur et le prix payé au producteur.

La mesure peut faire sourire, si elle ne s’applique qu’aux grandes surfaces, représentation typique et confortable de cet ogre "ultra libéral" que l’on aime à voir partout. Elle ne peut cependant qu’inquiéter dans la mesure où elle touche une autre catégorie de travailleurs qui sont loin d’être le symbole idéal de l’exploitation de l’homme par l’homme ...

Les petits commerçants, ceux qu’on ne voit jamais préparer les marchés, dès 5h du matin, ceux qui commencent leur journée à Rungis à l’heure où d’autres vont se coucher, ceux là qui, eux aussi, ne comptent pas leur peine pour un salaire qu’un informaticien jugerait souvent comme insultant, ces petites gens qu’on entend rarement, mais qui représentent le poumon économique de notre société, vont devoir maintenant afficher en clair leurs marges, face à des consommateurs à qui on a tellement monté le bourrichon qu’ils veulent le beurre (la proximité et le service des petits commerces), l’argent du beurre (la qualité des produits), et la crémière avec (contrôler les marges de ces artisans, et les rendre "moralement acceptables").

On veut nous présenter cette mesure comme une évolution majeure dans la manière de faire des affaires, comme un aboutissement grandiose de la réconciliation de l’homme et de l’argent.

Mais à l’heure où on ne cesse de proclamer vouloir la modernisation d’un outil agricole dépassé, dans ses habitudes comme dans ses structures, il aurait été tellement plus simple de faire en sorte que les syndicats agricoles tiennent vraiment leur rôle, et mettent en place des centrales de vente pour tenir tête aux centrales d’achat tellement décriées.

Nous souffrons d’un double mal :

- Les vraies réformes sont difficilement applicables, quand la démagogie paye mieux et assure mieux le futur électoral.

- Nous n’avons pas de président capable de rappeller à son ministre de l’agriculture, comme de Gaulle à Pisani, "Monsieur, vous n’êtes pas le ministre des agriculteurs, mais de l’agriculture".

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