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Ce soir, j’ai fait pleurer ma mère

mercredi 24 janvier 2007, par machin

La soirée était joyeuse, la nourriture bonne, la boisson de qualité, et abondante. Le serveur, plutôt en forme, peut être parce que son patron n’était pas là, blaguait gentiment avec nous.

Au détour de la conversation, en réponse à une bonne blague du serveur, elle lui a répondu qu’elle aimait cette race - la sienne -, joyeuse et chaleureuse, ou quelque chose d’approchant.
Je lui ai tendrement touché le bras, me suis excusé par avance du mal que je pourrais lui faire, et lui ai doucement rappelé que notre génération - ou du moins, ceux qui ne sont pas de la sienne - n’ont pas forcément la même interprétation de telles phrases, même quand elles sont dites avec autant de gentillesse.

Plus tard, nous avons parlé de sujet de société, d’avortement, d’euthanasie. Plusieurs fois sont revenus dans sa bouche les mots "mal", "mauvais", "norme" … j’ai fini par lui faire remarquer que si elle ne jugeait pas les gens, c’était du moins l’impression qu’elle donnait … et qu’elle ne pouvait prétendre imposer aux autres ce qu’elle croyait être bons pour eux, malgré eux, simplement parce que cela relevait de sa croyance personnelle.

Quand elle m’a redit que l’avortement était une chose mauvaise, que c’était mal pour les femmes et la société, je lui ai demandé ce qu’elle dirait si j’était sa fille, que je lui avais caché que je m’étais fait avorté, et comment elle pensait que je pourrais prendre le fait de l’entendre dire aussi régulièrement que c’était un péché grave, que c’était mauvais.

Ses yeux se sont entre-fermés, son menton s’est mis à trembler, et sa voix est devenu chevrotante. Elle m’a dit que j’étais un filou, que je travestissais tout ce qu’elle disait, et comment, oui comment, comment osais-je, moi, son fils, lui dire qu’elle jugeait les gens ? Que je la traite de réactionnaire, elle s’en moquait, c’était plus un problème de génération qu’autre chose, mais comment pouvais-je penser ça d’elle ? Que si on ne pouvait pas parler de ce qu’on est sereinement, en famille, ou allait-on ? (moi, in peto : ailleurs que dans la famille, on parle beaucoup mieux …).

J’ai calmé le jeu, me suis excusé, ai assuré que je n’avais jamais eu l’intention de l’amener à de telles extrémités, à de tels énervements … je l’ai écouté se calmer, m’expliquer plus sereinement toute sa tristesse de mère, j’ai dit oui, j’ai dit désolé, j’ai demandé pardon.

Ce soir, j’ai fait pleurer ma mère, ça n’avait aucun intérêt, ça ne pouvait rien amener … et je n’en suis pas fier.

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